Et voilà arrivé mon voyage annuel dans le magnifique camp en bois rond de Dampool. J'y vais avec mon ami Louis Diament qui habite à Ottawa et qui aime autant bien manger et bien boire que moi. Il y a 5 ans je lui ai donné sa première canne à moucher et ça va être son premier voyage à Dampool. Nous quittons Québec avec dans nos bagages les éléments nécessaires à un séjour réussi. Huit bonnes bouteilles de vin, nous partons quand même 4 jours, 1 bouteille de Scotch (Lagavulin), une demie bouteille de Jack Daniels, 4 cailles, 2 poitrines de poulet, un magret de canard, un magret de canard fumé, 4 maquereaux fumés, du cerf fumé, des légumes, des fruits, du bon pain au levain, de bons fromages et du café. Maintenant nous sommes prêts à penser à la pêche.
Nous arrivons à Onésime vers 18h00 et commençons à préparer nos sacs à dos pour la marche. Pierre Rousseau et Magella Dufour sont là et nous discutons une bonne dizaine de minutes. Magella nous montre fièrement le piège à souris installé à l'intérieur de sa voiture en mentionnant que c'est une année à souris. Il soulève le capot de son camion et nous montre les ravages des souris. Tout ce qui ressemble de près ou de loin à la mousse a été mangé. Pierre nous explique que l'automne dernier il y avait tellement de cocottes par terre que les souris, qui meurent habituellement de faim pendant l'hiver, ont survécu et se sont multipliés grâce à cette abondance. Pierre nous raconte qu'il y a 6-7 loups au lac à Pierre. Un lac situé à 3 km de Fer à Cheval.
Louis et moi même attachons nos sacs à dos et commençons à marcher. Les sacs sons très lourds et chaque pas est un effort. Il a beaucoup plu et le sentier est boueux. Il commence à faire sombre et nous faisons attention de ne pas glisser et mettre notre précieuse cargaison en danger. Lorsqu'il nous reste 200 mètres à marcher, je glisse et tombe par terre comme un grand sapin qui vient d'être coupé. Je suis noir de boue mais heureux de bientôt être arrivé. Louis a
bien supporté la souffrance du poids de son sac à dos en pensant au plaisir d'ouvrir la bouteille de Scotch. A notre arrivé, dans le noir total, nous nous installons dans le camp, préparons à manger et ouvrons une bouteille de vin. Le lendemain nous irons voir nos amis les truites au Fer à Cheval.
Le premier jour il pleut toute la journée et en fin d'après-midi nous assistons à la transformation de la rivière suite à une rupture d'une digue de castor. L'eau ressemble tout à coup plus au fleuve jaune en Chine qu'à la rivière St-Marguerite. Nous comprenons très vite que l'heure du Lagavulin a sonné. Les trois prochains jours nous vivons un rêve de bonheur et de tranquilité. Les truites ne coopèrent guère mais nous réussisons à tromper une bonne douzaine entre 1 à 4 livres. Nous les attrapons avec de petites nymphes, de grosses souris, des muddlers et des Mickey Finn. C'est clair que tout se joue entre 5 et 8 heures du matin et entre 6 à 8 heures le soir. Le reste du temps est consacré à la méditation, à la sieste et à la cuisine. Nous avons réussi à voir un faucon en rase motte devant le camp, un bébé castor avec sa mère au Fer à Cheval, un enorme héron 7 mètres au dessu de nos têtes et la cérise sur le gateau, un gros ours bien gras.
Nous arrivions en canot au Fer à Cheval et j'étais assis à l'avant. Juste à l'endroit ou la rivière tourne je regarde vers ma droite et vois tout à coup une masse noire qui bouge
sur un banc de sable. Mon cerveau enregistre visuellement l'ours mais laisse sortir le mot ''Orignal''. Louis cherche le panache mais ne le trouve pas. Il voit lui aussi l'ours qui maintenant a tourné la tête vers nous. Il nous regarde avec un air hautain en se demandant qui a bien pu le traiter d'orignal. Tout a coup la peur le saisis. Il fait demi tour, saute dans la rivière, la traverse en quelques secondes et disparaît dans le bois. Il faut absoluement aller prendre des photos de ses traces et nous nous dirigeons vers le banc de sable. Pendant que je prends des photos Louis monte la garde... avec sa canne à pêche.
Le dernier matin nous réalisons une très belle pêche et Louis prend une truite de 3 livres comme cadeau d'adieu. Juste avant le départ Magella arrive comme un sauveur avec son 4 roues et emporte avec lui nos 9 bouteilles vides. Quel soulagement pour nos épaules et pour le moral de ne pas être obligé de les porter vides. Un autre séjour de rêve se termine et nous déanbulons rêveur dans la forêt en direction de la voiture remplie de souris.